« Le Massage. Scène de Hammam », la nudité imaginaire

« Le Massage. Scène de Hammam », la nudité imaginaire

Si la nudité a longtemps soulevé les réactions les plus passionnées, il n’en reste pas moins qu’elle offre aux artistes un sujet de prédilection depuis des siècles. L’Orientalisme, courant artistique pour certains, source d’inspiration pour les autres, a fortement influencé les milieux de la peinture au 19e siècle. Fantasmé ou inspiré de voyages, il a surtout servi à exposer un monde teinté d’exotisme, empli de féminité dans la représentation de la nudité. L’artiste Edouard Debat-Ponsan s’est essayé au genre avec « Le Massage. Scène de Hammam », chef d’œuvre de la peinture française. Le CHM vous propose une lecture de cette toile intrigante.

Le voyage, source d’inspiration

Edouard Debat-Ponsan est un nom des grandes familles françaises… Il est le grand père de l’artiste Olivier Debré, et de Michel Debré, premier ministre sous le général de Gaulle. Elève des Beaux-Arts de Toulouse, puis d’Alexandre Cabanel à Paris, il est surtout reconnu pour ses œuvres académiques, essentiellement composées de paysages, scènes rurales et natures mortes. Toutefois, suite à un voyage en Turquie entre 1882 et 1883 avec son épouse, Debat-Ponsan va s’illustrer grâce à la représentation sublime d’une scène de hammam : « Le Massage. Scène de Hammam », huile sur toile de 210 x 127 cm réalisée un an après ce séjour. Il s’inscrit alors pleinement dans la mode de l’époque : l’orientalisme. Ce tableau deviendra une icône du genre, et il est actuellement exposé au Musée des Augustins, à Toulouse.

Un tableau de contrastes

L’œuvre, présentée au Salon en 1885 représente une femme nue allongée sur le ventre, bénéficiant d’un massage effectuée par une femme de couleur, dont la poitrine est dévoilée. La dimension saisissante du tableau est portée par tous les contrastes et paradoxes qu’il offre à la lecture. La femme allongée, à la peau laiteuse, présente des rondeurs tendres  en opposition au foncé et à la musculature saillante de la masseuse. Les coups de pinceaux du peintre sont d’ailleurs plus marqués à ce niveau, pour appuyer le mouvement et la force appliquée. Ce dynamisme entre en contradiction avec la nonchalance, l’abandon dans lequel se trouve la femme blanche, totalement alanguie. D’ailleurs, son coude frôlant le bas du cadre, invite le spectateur à remonter  la ligne de son corps pour découvrir la scène.

A côté de cela, l’artiste a joué sur la lumière et les couleurs. Avec un camaïeu de bleu, de gris et de vert, il a utilisé des couleurs froides, dures, tout comme les matériaux suggérés, le marbre et la faïence. Paradoxalement, il règne dans la contemplation de l’œuvre une sensation de chaleur, liée au lieu où se déroule la scène, le hammam. L’éclairage donne un caractère intime, voire sensuel. La nudité de la femme y est exposée, les deux personnages sont liés par le toucher mais aussi par le regard qu’elles échangent. Doit-on y voir une connotation érotique ? La question semble légitime, surtout lorsque l’on sait que la femme allongée n’est autre que l’épouse de l’artiste. Le spectateur ressent le souffle de confidence et de secret propres au hammam. C’est une véritable ode à la féminité que nous propose l’artiste.

La peinture pour dévoiler la nudité

« Le Massage. Scène de Hammam » fait donc partie des œuvres majeures de l’Orientalisme au XIXe siècle. Mais pourquoi un tel engouement pour ce style ? Curiosité exotique, appropriation des beautés de l’Orient, domination coloniale, motif pour exposer la nudité ? Les raisons sont nombreuses. Apparu suite aux campagnes de Bonaparte en Egypte, il représente la projection et la vision occidentale de l’Orient, bien souvent fantasmée, car les artistes ayant effectué un voyage dans ces contrées sont minoritaires.

A une époque où la nudité de la femme est considérée comme choquante si elle n’est pas justifiée, les scènes de vie intime orientale permettent aux artistes de laisser libre cours à leur imagination. Les femmes sont alors le sujet principal, symbole de l’origine du Monde. On les retrouve lascives, dans un cadre de luxe et de volupté, dans les harems ou aux bains. Souvent idéalisée, cette vision est fortement liée au fait que ces lieux confinés sont dans la réalité fermés aux hommes, d’où l’image rêvée de ce qu’il peut s’y passer. De nombreux artistes y ont puisé leur inspirations, citons par exemple Ingres (« La Grande Odalisque », « Le Bain Turc »), Delacroix (« l’Odalisque ») ou encore Bouchard (« Après le bain »).

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Soumis par CHM le ven, 08/05/2016 - 14:58