Dossier : la nudité à la télévision

Dossier : la nudité à la télévision

Signe de progrès indéniable pour certains, marque de perversité ambiante pour d’autres, le sujet de la nudité sur nos écrans divise. Si les invités des émissions télévisées ont tendance à tomber la chemise plus facilement, nous sommes en droit de nous interroger sur le dessein de cet appétit soudain pour la nudité. Assistons-nous à un retour vers l’état naturel de l’Homme ? Ou sommes-nous en présence d’un énième vecteur marketing ?

Le premier nu à la télé française…

En 1961, Maurice Cazeneuve réalise le téléfilm l’Exécution. Par une scène furtive, il va bousculer les normes de la télévision de l’époque : l’actrice Nicole Paquin est allongée aux côtés de son amant. Elle se lève, et les téléspectateurs la découvre nue, de dos. L’image ne dure quelques secondes, mais suffira à provoquer des réactions qui conduisent à l’apparition du fameux carré blanc, instauré pour « préserver la morale publique ». Les speakerines de l’époque sont également tenues d’annoncer dans leur présentation des programmes l’éventuelle présence d’images de nature à choquer le jeune public. Les prémices du CSA apparaissent.

Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel

Certains parlent de censure, d’autres d’avertissement… Le CSA appose des signalétiques, « déconseillé au moins de 10 ans, 12, 16 ou 18 », afin de ne pas heurter la sensibilité des jeunes. Toutefois, cette classification reste parfois floue, voire subjective, les chaînes étant libres de décider de flouter d’éventuelles scènes de nudité ou encore d’apposer une signalétique particulière à une œuvre télévisuelle ou cinématographique. Le CSA ne censure pas, à priori, par respect de la liberté d'expression. Toutefois il peut, après diffusion, estimer qu'un programme a été mal classifié et peut donc intervenir en aval.

L’effeuillage comme moyen de créer le buzz ?

Si les scènes de nu deviennent monnaie courante dans les séries, films ou les publicités, il devient également de plus en plus courant de voir des animateurs se dénuder au cours de leur talk-shows.

Erika Moulet, chroniqueuse dans l’émission phare de D8, « Touche pas à mon poste », a réalisé une danse strip-tease sur le tube Hundred Miles, en guise de cadeau d’anniversaire à Bertrand Chameroy, autre chroniqueur dans l’émission animée par Cyril Hanouna. Un drone cachait toutefois son intimité. Son acolyte, Gilles Verdez, s’est à son tour prêté au jeu de la nudité, avec une poêle en guise de cache-sexe. Stéphane Plaza, Estelle Denis, ou encore Evelyne Thomas n’hésitent plus à évoluer dans le plus simple appareil. La dernière s’est même offert un bain moussant pour la 100e de son émission.

D’un autre côté, Cyril Hanouna est l’un des seuls à avoir osé le nu intégral pour la dernière de sa « Grosse Emission » ; il a poussé l’expérience jusqu’à sortir des studios afin d’aller saluer les commerçants du quartier, quelque peu surpris ! Très souvent conséquentes à un défi, ces séquences sont de plus en plus plébiscitées pour le buzz qu’elles induisent. Selon Virginie Spies, sémiologue des médias, « la télé est l'exact reflet de la société : aujourd'hui, on se met à poil mais pas complètement, pas jusqu'au bout. Et il y a un côté promesse non tenue, car en général ils ne sont pas complètement nus. »

La nudité dans les télévisions étrangères

Si en France, la nudité s’expose, tout en étant étroitement surveillée, certains pays l’exploite totalement, sans complexe. La chaîne anglaise Channel 4 a récemment mis en antenne plusieurs programmes et séquences visant la nudité, tel que Big Brother où les candidats devaient laisser les traces de leur corps sur les murs, ou encore un prime time où des personnes en situation de handicap devaient se dénuder.

Début 2016, la télé albanaise a succombé à la tendance des présentatrices en tenue légère, même pour les bulletins d’information. En effet, selon le propriétaire de Zjarr TV, Ismet Drishti, l’information a besoin de transparence. Il demande donc à ses jeunes présentatrices de travailler buste nu sous une veste…

La Norvège quant à elle aborde la nudité télévisuelle sous un angle pédagogique et éducatif. Ainsi, le docteur Line Jansrud présente une émission d’éducation sexuelle pour expliquer le fonctionnement de l’appareil reproductif masculin aux enfants qui s’apprêtent à entamer l’étape charnière de l’adolescence. Chacun des épisodes de l’émission débute par cet avertissement : "Le programme Pubertet de Newton démarre maintenant. Il est normal pour certains parents de se sentir embarrassés. Vous avez été prévenus." Les exemples sont donnés au travers de « vrais » modèles, sans passer par des pénis en plastique. En effet, l’intention prend le dessus sur l’image affichée.

Quid des Etats-Unis ? Le sujet reste encore et toujours polémique au pays de l’Oncle Sam. Certes, les clips ou films véhiculent de nombreuses images suggestives, mais la pudeur reste de mise. Rappelez-vous le scandale du Nipplegate : Janet Jackson chante avec Justin Timberlake lors du Super Bowl devant 85.000 millions de téléspectateurs américains. Au cours du show, le chanteur arrache malencontreusement le bustier de la star, laissant apercevoir un sein. Les réactions ne tardent pas, et atteignent une proportion démesurée : la chanteuse n’a pas pu participer aux Grammy Awards où elle était pourtant attendue, ABC a retransmis les Oscars avec 5min de décalage pour palier à tout débordement, NBC coupa une scène de la série Urgences, … Plus récemment, le sujet de la nudité a encore fait la Une outre-Atlantique. Le label de lingerie Lane Bryant, spécialiste des grandes tailles, affirme que son spot publicitaire a été écarté de la télévision parce qu’on y voyait des modèles XXL. Refusé par ABC et NBC, la cause invoquée serait le physique des mannequins, alors que les spots Victoria Secret passent sans encombre. La nudité serait donc tolérée, pour peu qu’elle obéisse aux canons de beauté en vigueur. Dans un autre registre, l’acteur Kevin Bacon a milité l’année dernière pour une campagne peu commune, qu’il a nommé « Free the Bacon », soit la « libération des pénis sur les écrans », ou de manière plus générale, de la nudité au masculin.

Homme / Femme : une même exposition ?

Le constat de Kevin Bacon n’est effectivement pas sans fondement. En effet, il est devenu totalement banal de voir un corps féminin dénudé, que ce soit dans un film, un clip ou une publicité. Mais qu’en est-il de la nudité masculine ? Hormis un torse, et quelques séquences rapides montrant les fesses, le reste de l’anatomie reste cachée et quand elle apparait, elle soulève à chaque fois la polémique. Pourquoi une telle différence ? Le corps féminin est-il victime d’une surenchère d’exposition pour des motifs douteux ?

Le rapport à la nudité reste ambigu. Prenons exemple sur la téléréalité avec Adam & Eve. D8 a diffusé cette émission l’année dernière. Le principe est de rassembler sur une île déserte deux inconnus, dans le plus simple appareil, à la recherche de leur âme sœur. Dans notre version française, les sexes sont floutés, contrairement à la version danoise qui diffuse les images telles quelles.

Que penser alors de notre rapport à la nudité sur les écrans ? Sommes-nous plus proches de la nudité consumériste que de la nudité naturelle ?

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Soumis par CHM le mer, 06/22/2016 - 10:15